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Pourquoi Internet est en train de redevenir personnel

Un mot de l'année, trois phases, et le retour d'un web à taille humaine

Thomas Legrand · 12 août 2026 · 2 min de lecture

Blogs, newsletters, webrings, fédiverse : après quinze ans de plateformes, un web plus petit et plus humain se reconstitue. Cet article décrit le mécanisme de dégradation des plateformes et ce qui émerge à côté.

Thèmes abordés : Web ouvert, Société, Plateformes

Public visé : Créateurs indépendants, lecteurs lassés des plateformes

Un mot élu deux fois « mot de l'année » sur deux continents dit quelque chose de l'époque. Enshittification, forgé par Cory Doctorow en 2022, a été retenu par l'American Dialect Society en 2023, puis par le Macquarie Dictionary en 2024 — choisi à la fois par le comité et par le vote du public.

Un mécanisme, pas une humeur

La définition retenue par le Macquarie est sobre : « détérioration progressive d'un service ou d'un produit due à une baisse de la qualité, surtout d'une plateforme en ligne, par recherche de profit ».

Doctorow en décrit le déroulement en trois phases :

  1. La plateforme sert ses utilisateurs. Elle est généreuse, souvent à perte, pour les attirer et les retenir.

  2. Elle les exploite au profit de ses clients professionnels. Les utilisateurs sont captifs ; leur attention devient la marchandise.

  3. Elle exploite ces clients à son seul profit. Les annonceurs et vendeurs paient plus pour moins — puis la plateforme meurt.

La force du modèle est de décrire une trajectoire plutôt qu'une faute morale. Aucune des trois étapes ne suppose de mauvaise intention : chacune est rationnelle du point de vue de qui la décide. C'est l'enchaînement qui produit le résultat.

Ce qui repousse à côté

La réaction ne prend pas la forme d'une plateforme concurrente, mais d'un éparpillement volontaire :

Forme

Principe

Ce qu'elle résout

IndieWeb, small web

Publier sur son propre domaine

L'audience ne dépend plus d'un intermédiaire

Digital gardens

Notes qui évoluent, sans chronologie

Le contenu cesse d'être périssable

Fédiverse (Mastodon, Bluesky)

Réseaux interopérables

Changer d'hébergeur sans perdre ses liens

Newsletters

Relation directe par e-mail

Aucun algorithme entre l'auteur et le lecteur

Webrings, blogrolls

Liens choisis à la main

La découverte redevient éditoriale

Écran affichant un site personnel épuré
Le « petit web » n'est pas une nostalgie technique : c'est un choix sur qui contrôle la relation au lecteur.

Ce que ce mouvement ne résout pas

L'honnêteté impose de le dire : sortir d'une plateforme, c'est aussi renoncer à sa distribution. Un blog personnel ne bénéficie d'aucun mécanisme de découverte intégré. Les migrations vers Bluesky ou Mastodon lors des turbulences de X l'ont montré — beaucoup de comptes créés, moins d'audiences reconstituées.

L'indépendance déplace le problème : on gagne le contrôle, on perd la distribution. C'est un échange, pas une victoire.

C'est précisément pour cela que les newsletters payantes fonctionnent : elles rétablissent une économie directe entre un auteur et ses lecteurs, sans intermédiaire qui puisse changer les règles.


Pourquoi ce site existe. Ce texte décrit la raison d'être de WorldPaperBlog : un réseau où l'on publie sous son nom, où la mise en avant suit des règles explicites — date, catégorie, sujets — et où aucune position ne s'achète.

T

Thomas Legrand

Écrit sur la découvrabilité, l'édition et les outils pour les créateurs. Compte de démonstration.

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